L’UE fait converger électricité, gaz et hydrogène vers un système énergétique européen intégré
L’EU DSO Entity intègre désormais les distributeurs de gaz dans son entité.
En élargissant le rôle de l’EU DSO Entity aux distributeurs de gaz, Bruxelles accélère le passage à un mix énergétique intégré. Un virage stratégique pour piloter la complexité croissante des systèmes énergétiques et accompagner la montée en puissance des renouvelables.
La transition énergétique européenne entre dans une nouvelle phase. Jusqu’ici largement pensée par filière, électricité d’un côté, gaz de l’autre, elle s’oriente désormais vers une approche intégrée, où les différents vecteurs énergétiques sont conçus comme complémentaires.
C’est dans cette logique que l’Union européenne fait évoluer l’EU DSO Entity, créée en 2021 pour fédérer les gestionnaires de réseaux de distribution d’électricité. Avec l’aval de la Commission européenne et de l’association européenne des régulateurs (ACER), cette structure s’ouvre désormais aux distributeurs de gaz, avec en ligne de mire l’intégration des réseaux de gaz et d’hydrogène.
Un changement de périmètre qui reflète une transformation plus profonde : celle du passage à un système énergétique multi-énergies, où la performance repose autant sur la production que sur la coordination des infrastructures.
Le mix énergétique, nouveau centre de gravité
Atteindre la neutralité carbone ne consiste plus uniquement à produire plus d’énergies renouvelables. L’enjeu est désormais de les articuler efficacement entre elles.
Électricité, biométhane, gaz décarboné, hydrogène : ces vecteurs répondent des temporalités et des contraintes distinctes. Leur complémentarité devient un levier clé pour :
- absorber l’intermittence des renouvelables
- sécuriser l’approvisionnement
- optimiser les coûts d’infrastructure
- décarboner les usages les plus difficiles
Dans ce contexte, la question n’est plus « quelle énergie ? », mais « comment organiser le mix ? ». Et la réponse passe, en grande partie, par les réseaux.
Les réseaux de distribution, nouvelle colonne vertébrale
Longtemps en second plan derrière les réseaux de transport, les réseaux de distribution s’imposent désormais comme des acteurs stratégiques.
Ils sont en première ligne pour gérer :
- la décentralisation de la production (solaire, éolien local, biométhane)
- l’émergence de nouveaux flux énergétiques locaux
- l’apparition de flux bidirectionnels
Autrement dit, ils sont au cœur de la complexité croissante du système énergétique.
En élargissant l’EU DSO Entity aux distributeurs de gaz, l’Europe reconnaît pleinement leur rôle dans la gestion opérationnelle du mix énergétique, au plus près des territoires.
L’EU DSO Entity, organisme de convergence des distributeurs d’énergie
Dans sa nouvelle configuration, l’EU DSO Entity devient un espace structurant pour aligner les pratiques à l’échelle européenne.
Sa mission : faire travailler ensemble les distributeurs d’électricité et de gaz pour construire une vision commune du système énergétique de demain.
Concrètement, cela passe par :
- la définition de règles techniques harmonisées
- l’élaboration de standards européens
- la coordination entre réseaux de transport et de distribution
- le développement de scénarios énergétiques de long terme
- la planification conjointe des infrastructures
- le partage de données, d’expertise et de retours d’expérience
Un travail de fond, indispensable pour éviter les silos et construire un système réellement interopérable.
Flexibilité et congestion : les deux défis clés
Derrière cette évolution institutionnelle, deux enjeux opérationnels structurent les travaux à venir.
Le premier est celui de la flexibilité. Avec des renouvelables variables, il devient crucial de pouvoir ajuster en permanence l’équilibre entre production et consommation, en mobilisant plusieurs vecteurs énergétiques.
Le second concerne la gestion des congestions locales, de plus en plus fréquentes avec l’essor des production décentralisées. Une meilleure coordination entre électricité et gaz permettra, par exemple, de répartir la charge ou de valoriser autrement les surplus.
L’intégration des réseaux devient ainsi un levier essentiel pour fluidifier le système énergétique.
Une étape clé vers une transition systémique
Avec cette évolution, l’Union européenne envoie un signal fort : la transition énergétique ne pourra pas être pilotée uniquement par l’offre, mais par une orchestration fine de l’ensemble du système et des infrastructures.
En structurant la coopération entre distributeurs d’électricité et de gaz, elle pose les bases d’un modèle plus robuste, capable d’intégrer demain l’hydrogène et d’autres solutions émergentes.
Au-delà des infrastructures, c’est une nouvelle manière de penser l’énergie qui s’installe, plus transversale, plus territoriale, et résolument orientée vers l’optimisation du mix énergétique européen.