Réduire l’empreinte carbone du réseau de gaz ne passe pas uniquement par de nouveaux équipements ou des technologies complexes. Cela peut aussi reposer sur un levier plus discret, mais particulièrement efficace : la baisse de la pression d’exploitation du réseau.
Cette méthode, déjà employée pour optimiser les injections de gaz vert, se généralise au service de la décarbonation.
Un levier clé pour limiter les émissions de méthane
Aujourd’hui, une part importante de l’empreinte carbone du réseau est liée aux émissions de méthane, notamment lors d’incidents, de travaux ou d’opérations de maintenance ; de l'odre de 65% des émissions pour l'année 2024. Or, plus la pression est élevée, plus les volumes de gaz émis sont importants en cas de fuite ou d’intervention.
Aussi, adapter la pression aux besoins réels des usages permettrait de réduire mécaniquement ces émissions.
Les premiers retours sont très positifs et significatifs : selon les configurations, une baisse ciblée de la pression peut entraîner des réductions d’émissions allant de -20 % à -40 % à l’échelle d’une ville, tout en garantissant la continuité et la sécurité de l’alimentation.
Un atout pour développer l’injection de gaz vert
La baisse de pression joue également un rôle clé dans le développement des gaz renouvelables. En abaissant la pression du réseau, on augmente sa capacité à absorber les volumes de biométhane injectés, notamment lors des périodes de faible consommation, comme la nuit ou l’été.
Concrètement, cela permet :
- d’étendre la zone d’influence des sites d’injection,
- de mieux utiliser la capacité de stockage “naturelle” du réseau,
- et ainsi éviter de devoir réduire ou arrêter l’injection de gaz vert, ce qui représente aujourd’hui une perte d’énergie produite et de revenus pour les producteurs.
Une démarche progressive, ciblée et encadrée
La baisse de pression ne peut pas être appliquée partout ni de manière uniforme. Elle repose sur une analyse fine :
- des besoins réels en débit et pression des clients,
- des caractéristiques locales du réseau,
de la présence ou non d’injection de gaz vert.
La démarche engagée par GRDF est donc progressive et ciblée, en priorité sur les zones où les gains en termes de baisse des émissions sont les plus importantes et les contraintes techniques limitées. À fin 2025, près d’un tiers des mailles du réseau sont déjà concernées, avec des gains carbones significatifs et une montée en charge progressive prévue sur les années à venir.
Des premiers résultats prometteurs
En 2025, 35 mailles, c'est à dire des zones spécifiques du réseau ont déjà vu leur pression d’exploitation abaissée avec pour objectif de réduire les émissions. Les nouveaux niveaux de pression varient entre 2,2 et 3,4 bars, en fonction des contraintes locales du réseau et des besoins des clients.
Et mêmes si les bénéfices environnementaux dépendent de la taille des zones concernées et des situations rencontrées, les résultats sont là. À titre d’exemple, la baisse de pression à Thionville, réglée à 3 bars, réduit les émissions d’environ 315 tonnes équivalent CO₂. À Saint-Girons, avec une pression abaissée à 3,4 bars, la réduction atteint 38 tonnes équivalent CO₂.
Plus concrètement, les ajustements réalisés à Thionville (Est) et Saint-Girons (Sud-Ouest) permettent à eux seuls d’éviter l’équivalent de 1,6 million de kilomètres parcourus en voiture thermique, soit 45 fois le tour de la Terre.
Un équilibre qui repose sur de nouveaux outils et compétences
Baisser la pression est un levier puissant, mais qui doit rester compatible avec la sécurité d’alimentation et la qualité de service. Cela suppose une meilleure connaissance des usages, des réglages adaptés selon les saisons et une coordination étroite entre les équipes techniques, les producteurs de gaz vert et les territoires.
Les cellule Planification et Gestion des Flux (PGF), mises en place en 2024, pilotent cette activité en région, en coordination avec le bureau d’étude régional, le bureau d’exploitation ou encore , les équipes de la maintenance spécialisée en gaz (MSG). Un programme d’instrumentation est également lancé, en lien avec le renouvellement de la télé-exploitation, pour suivre la pression, notamment en bout d’antenne, et garantir la cohérence entre nos outils de simulation et du terrain.
C’est à ce prix que ce levier discret peut devenir un accélérateur majeur de la décarbonation du réseau, au service d’un système gaz plus sobre, plus flexible et résolument tourné vers l’avenir.
Crédits : GRDF