Décarboner le bâtiment en confortant la place du gaz
Entre la production des matériaux nécessaires, la construction, l’exploitation et la gestion de la fin de vie d’un bâtiment, on estimait en 2019 la part du secteur à environ 25 % de l’empreinte carbone nationale dont 67 % étaient liés à la phase d’exploitation (chiffres BâtiZoom ADEME 2019).
Alors que l’urgence climatique impose d’accélérer la transition énergétique, la bascule massive vers des solutions électriques ou les réseaux de chaleur semble parfois être la voie de la raison pour réduire l’impact carbone du bâtiment. Pourtant, la réalité impose une approche plus nuancée dans laquelle le gaz a toute sa place, pour éviter des écueils techniques, économiques et sociaux qui pourraient compromettre l’atteinte des objectifs.
Étonnant ? Paradoxal ? Pas du tout.
Parce que le gaz ne se résume plus au fossile. Parce qu’il devient vert, renouvelable et bas carbone. Parce qu’il reste performant et compatible avec tous les usages actuels.
Au fil des années, le gaz s’est progressivement imposé comme une énergie de référence pour la production de chaleur dans le bâtiment.
Pourquoi un tel succès et quel rôle joue-t-il aujourd’hui ?
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Au XIXe siècle, le gaz naturel n’est pas encore exploité et ce que l’on appelait alors le « gaz de ville » doit être manufacturé. Produit à partir de bois et de coke de houille, il est d’abord destiné à l’éclairage public avant de trouver le chemin des logements au tournant des années 1900. Cuisson, eau chaude et chauffage, ses usages se diversifient à une époque où les besoins en chaleur dépendent encore principalement des combustibles solides (charbon et bois).
La pénétration du gaz dans les foyers se confirme pendant la première moitié du XXe siècle à la faveur d’une envie de progrès, d’une diminution des coûts et d’un réseau permettant désormais de desservir en gaz des clients plus éloignés des sites de production.
En 1930, ce sont déjà 130 000 kilomètres de canalisations qui acheminent le gaz de ville à plus de 5 millions d’abonnés (source Coénove – Décarbonation des bâtiments, le rôle clé des gaz verts).
La découverte des premiers gisements de gaz naturel en France (1939 et 1960) et aux Pays-Bas (1967), combinée au développement des infrastructures d’importation et de transport, acte la fin du gaz de ville mais conforte la place du gaz dans le bâtiment, y compris dans les chaufferies collectives.
Moins contraignant et coûteux que le charbon et le fioul, il offre puissance et confort instantané à une population en quête de modernité.
Aujourd’hui, le gaz est intégré au fonctionnement d’une grande diversité de bâtiments en raison de ses propriétés calorifiques et de sa compétitivité.
En plus d’alimenter les logements individuels et collectifs pour le chauffage, l’eau chaude et la cuisson, on le retrouve dans le tertiaire et notamment les bureaux, les écoles et les hôpitaux, mais aussi dans les équipements sportifs ou les bâtiments publics et culturels. Non seulement le gaz permet d’y maintenir des conditions d’accueil confortables et facilement modulables mais il peut réguler la température de l’eau d’une piscine ou contribuer à la conservation d’œuvres d’art.
Les hôtels, les restaurants et certains commerces de bouche le choisissent en outre pour la précision qu’il apporte à la cuisine professionnelle.
Avec 697 TWh, l’exploitation des bâtiments a représenté à elle seule 45 % de la consommation énergétique finale française en 2024. Les besoins du secteur résidentiel y ont compté pour le double de ceux du tertiaire alors que la répartition des surfaces est de 3 pour 1.
En termes d’émissions directes (scope 1), le bâtiment a participé à 15,5 % des émissions nationales de gaz à effet de serre (GES) avec 57,1 MtCO2eq : 35,5 MtCO2eq pour le résidentiel et 21,5 MtCO2eq pour le tertiaire.
Avec 35 % de la consommation du bâtiment, les énergies fossiles sont au centre des attentions et la place du gaz naturel concentre une bonne partie des enjeux.
Pour mieux comprendre comment décarboner le secteur, il est important de comprendre que chaque bâtiment est unique par sa localisation, sa destination et son environnement.
Il n’existe donc pas de solution unique pour en diminuer l’empreinte carbone mais un bouquet de solutions.
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Le réseau de distribution de gaz dessert actuellement 9 600 communes en France métropolitaine. En couvrant principalement des territoires démographiquement denses, cette présence permet à environ 77 % de la population de compter le gaz parmi les sources d’énergie à sa disposition pour se chauffer, cuisiner ou produire de l’eau chaude sanitaire.
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Tous les bâtiments alimentés en gaz ne sont pas forcément situés en zones urbaines ou périurbaines. Certains se trouvent éparpillés sur de vastes territoires et ont été reliés au réseau de distribution au gré des opportunités et des besoins en gaz de leur région.
À l’opposé, plus de 24 500 communes ne sont pas raccordées au réseau de gaz. Celles-ci sont réparties dans les campagnes, les massifs montagneux et les régions plus enclavées, où les difficultés d’accès et/ou la faible densité des bâtiments ne justifiaient pas l’extension du réseau de distribution.
Si l’on ne peut y consommer du gaz de réseau, on y utilise pourtant encore des combustibles fossiles stockables comme le fioul, le butane ou le propane pour répondre aux besoins en chaleur.
Une multitude de facteurs peut donc influencer le choix d’une solution de chauffage dans un bâtiment. Ainsi, au-delà de la disponibilité des énergies, les contraintes économiques, les besoins de performances et l’évolution des cadres réglementaires ont façonné au fil des années un paysage contrasté et diversifié.
Crédits : Patrick Guillon
Pour accompagner la décarbonation du bâtiment, l’Europe et la France ont imaginé et adopté au fil des ans un certain nombre de dispositifs et de textes, législatifs et réglementaires.
Si l’objectif visé est clair, le cadre esquissé pour l’atteindre mérite que l’on s’y attarde.
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Le respect de la feuille de route européenne « Fit for 55 » (voir encadré) et l’engagement national pour la neutralité carbone d’ici 2050 obligent la France à relever ses ambitions pour le bâtiment : baisse des consommations, rénovation performante, sortie des énergies fossiles et verdissement des vecteurs, les voies concernent majoritairement l’exploitation du bâtiment.
Les textes préparatoires de la future Stratégie nationale bas carbone (SNBC3) et de la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) rehausse explicitement les cibles pour 2030, en privilégiant une électrification massive et le soutien inconditionnel aux réseaux de chaleur.
La transformation du parc repose sur un empilement de textes nationaux et européens qui structurent la construction neuve, la rénovation et la planification des consommations énergétiques.
Elle régit l’ensemble de la construction neuve et marque un tournant majeur vers des logements et des bâtiments tertiaires plus sobres, bas carbone et résilients face au climat. Elle soumet notamment les nouvelles réalisations à des seuils évolutifs destinés à réduire de 30 % leurs besoins énergétiques par rapport à la réglementation thermique 2012 (RT2012) et à alléger de 40 % leur empreinte carbone d’ici 2030. Si des seuils de plus en plus stricts favorisent l’adoption de matériaux à plus faible impact environnemental, ils contribuent aussi à la sortie des énergies fossiles au profit de l’électricité (d’où qu’elle vienne), des réseaux de chaleur urbaine et des énergies renouvelables.
Quel impact pour le gaz dans le bâtiment ?
Si la RE2020 n’interdit pas le gaz dans les bâtiments neufs, elle en modifie profondément les conditions d’intégration avec des seuils d’émissions de CO2 qui lui sont de plus en plus défavorables. De nouvelles révisions sont prévues en 2028 et 2031. En dehors de quelques cas précis, la chaudière gaz n’y est déjà plus d’actualité lorsqu’utilisée seule, qu’elle soit individuelle ou collective.
Issue de la loi ELAN, cette obligation réglementaire impose une réduction progressive et mesurable des consommations d’énergie finale des bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m2, neufs ou existants. L’objectif global est une baisse des consommations de - 40 % d’ici 2030, - 50 % d’ici 2040 et - 60 % d’ici 2050, par rapport à 2010. Toutes les activités du tertiaire sont concernées, qu’elles relèvent du public ou du privé, et tous les usages sont considérés. Pour arriver à consommer moins et mieux, l’optimisation de la performance énergétique du bâtiment passe aussi par le choix des équipements de chauffage, d’eau chaude sanitaire et de ventilation, et leur pilotage.
Quel impact pour le gaz dans le bâtiment ?
Sans cibler le gaz de manière explicite ou faire référence aux émissions de CO2, le Décret tertiaire soumet les consommations d’énergie liées au chauffage à une forte pression pour respecter la trajectoire attendue. A l’exception des équipements gaz de dernière génération comme les chaudières à très haute performance énergétique (THPE) ou les pompes à chaleur (PAC) hybrides, les solutions gaz antérieures se trouvent rapidement pénalisées face à l’électricité ou aux réseaux de chaleur. Pour ces deux vecteurs, le dispositif ne comptabilise pas la globalité des consommations énergétiques engendrées par les bâtiments.
Il évalue de manière standardisée la performance énergétique et climatique d’un logement ou d’un bâtiment, à travers sa consommation d’énergie primaire et ses émissions de CO2 annuelles. En attribuant une lettre allant de A à G, il permet d’identifier les passoires énergétiques et de prioriser les actions de rénovation du parc immobilier. Tous les calculs sous-jacents sont basés sur la notion d’énergie primaire, i.e. l’énergie disponible dans la nature avant toute transformation humaine.
Quel impact pour le gaz dans le bâtiment ?
En France, le gaz naturel est caractérisé par un facteur de conversion égal à 1. Autrement dit, 1 kWh de gaz, une énergie primaire, permet d’obtenir 1 kWh de pouvoir calorifique intérieur (PCI) ou d’énergie finale. En revanche, il faut en moyenne 2,5 kWh d’électricité pour fournir 1 kWh de chauffage. C’est que la production de l’électricité à partir d’autres énergies primaires comme le vent, le gaz ou l’énergie nucléaire engendre des déperditions, tout comme le transport et la distribution. Toutefois, depuis le 1er janvier 2026, le ratio réglementaire a été ramené à 1,9 par les pouvoirs publics, sortant de facto du statut de « passoire énergétique » des centaines de milliers de logements parmi les moins bien notés. Les atouts du gaz pour les usages chaleur s’en trouvent ainsi mécaniquement dévalués.
Géré par l’ADEME, il est le principal outil public de financement destiné à accélérer le développement de la chaleur renouvelable et de récupération (EnR&R). Il soutient à la fois les installations de production (biomasse, géothermie, solaire thermique, méthanisation, chaleur fatale) et les réseaux de chaleur qui les distribuent. Le Fonds chaleur vise explicitement à remplacer les énergies carbonées par des solutions locales et renouvelables pour atteindre 38 % de chaleur renouvelable en 2030.[info.gouv.fr]
Quel impact pour le gaz dans le bâtiment ?
Le mandat du Fond chaleur est clair : réduire la dépendance aux énergies fossiles et au gaz naturel. En se voyant accorder le statut d’infrastructure classée, le réseau de chaleur se trouve systématiquement priorisé lorsqu’une concurrence avec le réseau de gaz est constaté et ce, biométhane ou non.
Elle vise un parc immobilier européen à émissions nulles d’ici 2050, c’est-à-dire sans production de CO2 sur site. Guidé par un principe de rénovations massives, de baisse des consommations énergétiques primaires et de sortie des énergies fossiles, elle définit un cadre pour la construction neuve avec des échéances à court terme : 2028 pour les bâtiments publics et 2030 pour tous les autres. Les états ont l’obligation d’adapter leurs feuilles de route en conséquence.
Quel impact pour le gaz dans le bâtiment ?
Cette directive cible explicitement les solutions gaz en excluant toute énergie qui rejette du CO2 localement, lorsqu’utilisée dans un bâtiment. Les chaudières gaz et les PAC hybrides alimentées en tout ou en partie au gaz naturel deviennent indésirables. SI les états gardent une marge de manœuvre dans l’application des textes, cette initiative européenne laisse même planer une incertitude quant à l’intégration du gaz vert, malgré une reconnaissance comme source d’énergie pouvant alimenter les bâtiments « zéro émission ».
Lancé en 2022 en réaction à la guerre en Ukraine, c’est le plan européen pour mettre fin à la dépendance aux énergies fossiles (russes) et accélérer la transition énergétique. Il met l’accent sur les économies d’énergie, la diversification des approvisionnements et une plus grande production de renouvelables comme le solaire, les réseaux de chaleur, la biomasse et le gaz vert. A noter, l’objectif de 35 milliards de m³ de biométhane en 2030 (~405 TWh PCS).
Quel impact pour le gaz dans le bâtiment ?
En encourageant les états membres à financer massivement la rénovation, les pompes à chaleur (PAC), l’autoconsommation ou les réseaux de chaleur, le plan organise le recul rapide de la place du gaz fossile dans le bâtiment. Malgré un soutien à la filière biométhane, il est loin d’être acquis que le gaz vert sera destiné à l’usage chauffage.
Chaque année, RTE publie son Bilan prévisionnel, considéré par les pouvoirs publics comme l’étude de référence pour conforter la trajectoire nationale de décarbonation par une électrification des usages.
Dans le volet Bâtiments de l’édition 2023, le scénario retenu fait la part belle aux pompes à chaleur électriques avec un objectif de 8 millions d’unités installées d’ici 2030 dans les logements et 11,5 millions à horizon 2035, comptant au passage sur une réduction de 45 % du parc de chaudières gaz (6,1 M en 2035 vs 10,8 M aujourd’hui).
Sachant que le nombre de logements principalement chauffés par des PAC électriques était de 3,2 millions en 2024, avec une progression limitée à + 440 000 entre 2023 et 2024 (source CEREN), la cible est audacieuse. D’autant que pour appuyer la faisabilité de son scénario et s’affranchir des limites du système électrique comme des pointes de consommation (voir encadré), RTE mise à la fois sur l’accélération des rénovations énergétiques, le développement des effacements de consommation, la construction de nouveaux moyens de production de pointe et le renforcement des réseaux électriques.
Aussi, pour des raisons de coût et de réalisme, ces hypothèses peuvent être jugées difficiles voire impossibles à tenir au plan social et industriel.
Il arrive au cours de l’année que les besoins en énergie bondissent de manière ponctuelle pour une durée plus ou moins longue. Ce phénomène survient au cours de la saison froide, lorsque les températures chutent brutalement. Les besoins plus importants en chauffage se superposent à tous les autres usages et cela met le réseau électrique face à ses limites. C’est ce que l’on appelle la pointe hivernale. Et dans l’éventualité d’une demande excédant la puissance disponible, l’équilibre est rompu et tout s’arrête ; c’est le « black-out ».
Le passage de la théorie à la pratique suppose donc de pouvoir compter sur un certain nombre de fondamentaux : le rythme des rénovations doit être optimal, les capacités industrielles doivent suivre, les solutions proposées doivent être facilement généralisables et le système énergétique doit pouvoir s’adapter, à coûts maîtrisés.
Mais qu’en est-il réellement ?
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Si des données précises ne sont pas disponibles pour les bâtiments tertiaires, il est possible de distinguer quatre catégories de logements aujourd’hui alimentés au gaz, possédant leurs caractéristiques propres.
Elles présentent peu d'obstacles techniques au passage à la pompe à chaleur (PAC) 100 % électrique même si les radiateurs en place et l’installation électrique devront parfois être changés, sans compter un possible besoin de renforcement des réseaux électriques locaux.
Leur environnement entraîne des contraintes de surface extérieure disponible et de proximité avec les voisins pour positionner l’unité extérieure de la PAC, le Plan local d’urbanisme
(PLU) peut restreindre les options de pose et les volumes intérieurs, souvent optimisés en zone urbaine, limitent l’intégration de ballons d’eau chaude sanitaire, indispensables au fonctionnement des pompes à chaleur 100 % électriques.
Plus de 70 % de ceux-ci se trouvent dans des zones sans possibilité de liaison avec un réseau de chaleur urbain. En outre, une étude menée par Pouget consultants pour le compte de la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des territoires (DHUP) conclut que l’installation d’une PAC 100 % électrique n’est envisageable que dans 50% d’entre eux.
Sauf rares exceptions, il n’existe pour ceux-ci aucune alternative performante et généralisable à la chaudière à haute performance énergétique (THPE) et ce, pour des raisons structurelles, d’espace ou de réglementation.
*Source : GRDF à partir de CEREN, INSEE
Les statistiques réelles des rénovations d’ampleur restent bien moindres que les objectifs visés par les politiques européennes et françaises, qu’il s’agisse des travaux d’isolation ou des changements d’équipements pour sortir du fioul et du charbon par exemple.
D’une part, si les coûts associés y sont pour quelque chose, l’instabilité des aides (réformes MaPrimeRénov’, évolution CEE, conditions d’accès) perturbe la lisibilité des dispositifs et freine la mise en route des chantiers. Sans parler de la multiplication des fraudes en la matière...
D’autre part, coincés entre des objectifs de poses fixés par les politiques et un marché qui peine à trouver le rythme nécessaire, les industriels du génie climatique se trouvent devant une équation complexe qui complique leur propre engagement et la mobilisation de leurs chaînes de production.
Crédits : Patrick Guillon
Crédits : Patrick Guillon
Crédits : Patrick Guillon
Nous l’avons déjà vu, le rôle du gaz dans le bâtiment pour la production de chaleur est loin d’être anecdotique. Au-delà de la facture exorbitante liée de la conversion des équipements dans les bâtiments, l’électrification massive du chauffage ne peut se faire qu’au prix d’investissements colossaux dans les infrastructures actuelles de production, de transport et de distribution électriques.
Au regard des écueils identifiés, les alternatives gazières enrichissent le bouquet de solutions adaptées aux spécificités du secteur, profitant d’un réseau qui se verdit chaque jour d’avantage grâce au biométhane, énergie renouvelable et bas carbone issue des territoires.
Crédits : Grégory Brandel
Issu de la valorisation des déchets organiques des territoires, le biométhane constitue à ce jour le gaz vert le plus développé en France. En transformant en énergie les effluents d'élevage, les résidus de cultures agricoles, les cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE), les coproduits agroalimentaires, les biodéchets domestiques et les boues de stations d'épuration, la méthanisation joue un rôle grandissant dans le paysage énergétique tout en contribuant à décarboner les usages du gaz.
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Avec un facteur d’émission de 41,6 gCO2eq/kWh, l’impact carbone du biométhane est près de 6 fois inférieur à celui du gaz naturel. Le passage graduel du fossile au renouvelable doit ainsi contribuer à réduire de plus de 80 % les émissions de CO2 associés aux usages du gaz. (source Base empreinte ADEME)
Avec la montée en puissance des autres gaz renouvelables et bas carbone, la filière considère que les gaz verts pourront couvrir 20 % de toute la consommation française en 2030, plus de 40 % en 2035 et 100 % à horizon 2050, avec un potentiel de production à long terme estimé à 320 TWh par année.
Ces projections s’appuient sur une trajectoire descendante des consommations et un besoin de 321 TWh en 2030, de 282 TWh en 2035 et de 235 TWh en 2050 (vs 350 TWh en 2025). (sources Perspectives gaz 2024 et Bilan gaz 2025 de NaTran)
Crédits : Patrick Guillon
Dans le bâtiment, une tendance baissière se confirme déjà depuis quelques années. Elle est la conséquence directe des actions de sobriété et d’efficacité énergétique qui ont permis de maîtriser les consommations énergétiques par l’intégration de gestes écoresponsables, le déploiement d’équipements plus performants et la progression des rénovations.
L’énergie la plus économique et la plus décarbonée est celle que l’on n’utilise pas. La généralisation des compteurs communicants, le développement d’outils de suivi des consommations et l’urgence climatique ont contribué à une prise de conscience de la part des acteurs du bâtiments, des usagers aux gestionnaires. La mise en place d’actions ciblées pour limiter le gaspillage énergétique porte ses fruits et contribue à la réduction de l’empreinte carbone du secteur. L’usage chauffage du gaz ne fait pas exception.
Une chaudière THPE est une chaudière à condensation qui permet de valoriser la chaleur fatale issue de la combustion du gaz, c’est-à-dire la part de chaleur produite mais inutilisée par l’appareil. Cette technologie permet d’extraire encore plus d’énergie à partir d’un même volume de gaz consommé.
Remplacer un appareil ancien par une chaudière THPE, c’est enregistrer 20 à 30 % d’économies d’énergie et autant d’émissions de CO2 en moins. Immédiatement et partout où une autre alternative performante ne peut être envisagée.
La chaudière THPE représente à ce jour la solution la plus efficace pour réduire l’empreinte carbone d’un bâtiment de manière significative et à moindre coût.
Pourtant, elle ne constitue que 55 % du parc de chaudières existantes et sa généralisation pourrait éviter jusqu’à 3,5 millions de tonnes de CO2 par an.
Si l’on y ajoute les 2 millions de chaudières individuelles en copropriétés dont le remplacement par une THPE dépend de la rénovation des conduits collectifs*, ce chiffre pourrait même atteindre 4,5 millions de tonnes évitées.
Même en l'absence d'aides de l’Etat, la chaudière THPE reste une solution pertinente pour sa simplicité d’intégration, son efficacité, sa conception robuste et ses coûts d'entretien maîtrisés pour les ménages.
*Source GRDF sur la base des données PCE et des données du registre national des copropriétés
En associant une PAC électrique et une chaudière THPE, la PAC hybride associe tous les atouts de l’électricité et du gaz. Grâce à une régulation intelligente, le système optimise les consommations en fonction du contexte, privilégiant par exemple la PAC électrique de manière générale et basculant vers le gaz lorsque les températures refroidissent ou pour la production d’eau chaude sanitaire.
Adaptée au chauffage collectif ou individuel, non seulement la PAC hybride génère des économies d’énergie mais elle permet une baisse spectaculaire des émissions de CO2 par rapport à une chaudière seule : - 70 % lorsque remplaçant un appareil d’ancienne génération, voire - 90 % si alimentée au gaz vert !
Et parce qu’elle combine deux appareils qui se complètent et peuvent être raccordés aux radiateurs existants, la PAC et la chaudière peuvent être dimensionnées au plus juste, s’avérant ensemble moins chers à l’achat qu’une PAC électrique seule et engendrant moins de frais en travaux.
Dans son scénario, RTE l’envisage à hauteur de 2,5 M de logements équipés en 2050. L’ADEME va même jusqu'à 5,7 M dans l’un de ses scénarios.
(source RTE Bilan prévisionnel 2023-2035 et ADEME Transition(s) 2050)
Dans les bâtiments avec chauffage collectif, 1,4 M des logements difficilement compatibles avec la PAC 100 % électrique pourraient en revanche bénéficier d’une PAC hybride, une solution pertinente pour éviter le recours massif aux appareils à effet joule qui pèsent fortement sur les consommations et la stabilité du réseau électrique.
(source Etude Poujet Consultants – DHUP)
Si la PAC hybride représente l’une des combinaisons les plus pertinentes pour décarboner le bâtiment à coûts maîtrisés et sans trop peser sur le réseau électrique, d’autres pistes sont actuellement explorées. Elles s’appuient sur d’autres sources d’énergie renouvelables et y intègrent le gaz comme appoint.
Une chaudière THPE peut ainsi faire équipe avec une pompe à chaleur géothermique ou un système solaire thermique par exemple. Dans tous les cas, le gaz apporte le coup de pouce nécessaire pour prendre le relais lorsque les limites de l’appareil principal sont atteintes.
Dans le cadre d’un appel à projets lancé par l’Union sociale pour l’habitat (USH), Coénove, l’Association des ingénieurs et techniciens en climatique, ventilation et froid (AICVF), Cegibat et GRDF, 3 industriels ont été sélectionnés pour réfléchir à une PAC hybride qui pourrait se passer d’un module extérieur. L’objectif de l’initiative était de faire émerger une solution technique destinée à contourner les problèmes liés à l’installation de la partie pompe à chaleur lorsque l’espace, la réglementation ou la proximité avec les voisins l’interdit.
Pour en savoir plus : Cachez cette unité extérieure que je ne saurais voir | Just decarb
En France, le réseau gazier permet de venir en aide au système électrique lorsque les températures chutent et que la demande en électricité explose. L’étendue des installations gaz dans les bâtiments s’ajoute aux capacités de production des centrales thermiques au gaz pour affronter sereinement ces épisodes ponctuels.
Lors de ces épisodes, la PAC hybride peut alors « s’effacer » du réseau électrique de manière temporaire et basculer à 100 % sur la chaudière THPE en attendant le retour à une situation normalisée.
A titre de comparaison, le réseau électrique dispose d’une puissance de pointe mobilisable d’environ 100 GW là où le réseau de gaz offre 160 GW. Le 8 février 2012, une vague de froid avait établi un record de 102 GW appelés en puissance électrique et de 158 GW en gaz, permettant d’éviter le « black out ».
Pour en savoir plus sur le gaz en période de grand froid, cliquez ici.
Non seulement les solutions gaz évitent de peser sur les coûts d’adaptation du réseau électrique mais la transformation des réseaux gaziers pour collecter et distribuer les gaz verts représente un impact très inférieur à la transformation nécessaire des réseaux électriques. En 2023, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) estimait le budget nécessaire pour l’accueil des gaz verts entre 6 et 9,7 Md€ d’ici 2050. Au total, les investissements prévus dans les réseaux de gaz sont environ 7 fois inférieurs à ceux planifiés sur les réseaux électriques.
Pour aller encore plus loin dans la démarche de décarbonation du bâtiment, ce seraient ainsi des milliards d’euros qui pourraient être redirigés vers une rénovation des passoires thermiques efficace, juste et soutenable pour la collectivité.
N’oublions pas non plus qu’à une moindre échelle, les solutions gaz comme la PAC hybride représentent des sources d’économies en termes d’équipements et d’entretien, qui permettent de libérer des marges de manœuvre financières supplémentaires pour l’amélioration du bâti.
En rassemblant des industriels, des associations, des bailleurs, des chercheurs et des décideurs publics, l’Alliance s’est donné pour mission de fédérer idées, expertises et initiatives pour accélérer la transition écologique du bâti. L’association créée à l’automne 2025 veut initier une dynamique collective pour proposer des solutions pragmatiques, encourager l’innovation, faciliter la concertation et bâtir un plan d’investissement ambitieux pour réussir la décarbonation du secteur.
Décarboner concrètement, c’est choisir la bonne énergie au bon endroit et au bon moment, en s’appuyant sur les réseaux disponibles, les équipements les plus performants et la réalité des territoires.
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Avec plus de 50 % du parc qui ne peut être électrifié, le bâtiment a besoin de pouvoir compter sur un mix diversifié qui intègre toutes les solutions qui fonctionnent et qui apportent des bénéfices concrets et immédiats. Cela permet de tenir les objectifs climatiques, de sécuriser l’approvisionnement et de protéger le pouvoir d’achat des ménages et des collectivités.
Réduire la transition énergétique du bâtiment à la seule électrification ignore les contraintes intrinsèques à la diversité des bâtiments, la pointe hivernale, la saisonnalité de la demande et la spécificité des territoires. Choisir de préserver un vrai mix énergétique, c’est choisir de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ; la complémentarité entre le gaz et l’électricité est garante de résilience et minimise les coûts de renforcement de réseaux.
Fort de cette approche pragmatique, Coénove a mené une étude avec le cabinet Artelys et propose des variantes au scénario de référence de RTE. Il en ressort principalement qu’en s’appuyant plus largement sur les solutions gaz et en intégrant l’usage eau chaude sanitaire aux calculs, il est non seulement possible de décarboner tout autant qu’en ne misant que sur la PAC électrique, mais pour un coût moindre.
Si à horizon 2030, on remplace 700 000 PAC électriques air/eau par des PAC hybrides dans le scénario d’électrification de référence de RTE, les bénéfices sont évidents :
Un scénario intégrant plus de chaudières THPE augmente encore plus fortement les économies (1,1 milliards d’euros économisés par an) sans dégrader significativement le bilan environnemental.
Et avec une proportion de gaz verts dépassant à 20 % au lieu de 10 %), la décarbonation est nettement plus forte que dans le scénario de référence de RTE – adapté pour tenir compte des contraintes techniques d’installation des pompes à chaleur – pour un coût sensiblement identique.
Encourager la PAC hybride est essentiel, en particulier lorsque la PAC électrique est confrontée à des contraintes d’implantation techniques ou économiques. Les dispositifs d’aides publiques doivent prendre en compte la réalité du terrain.
Par ailleurs, les 20 % de gaz vert attendus en 2030 constituent un moyen pragmatique, facile à mettre en œuvre, industriellement mûr et cohérent avec les trajectoires de la filière.
Les acteurs du bâtiment, des réseaux et des collectivités appellent à un changement d’échelle de la production de gaz verts et à la prise en compte de ceux-ci dans les outils réglementaires français et européens. L’objectif : accélérer une transition juste, techniquement réaliste et socialement acceptable.
La traçabilité par garanties d’origine (GO) doit ainsi être intégrée dans le DPE, la RE2020 et la transposition de la DPEB européenne, afin de refléter réellement la baisse de l’empreinte carbone des bâtiments qui s’alimentent en biométhane.
Les contraintes techniques et économiques convergent vers un constat : l'électrification exclusive n'est ni techniquement faisable pour l'ensemble du parc, ni économiquement optimale pour la collectivité.
La décarbonation du bâtiment constitue un défi majeur qui nécessite une approche pragmatique et différenciée selon les cas. Le maintien du gaz dans un mix énergétique équilibré, combiné à son verdissement progressif, permet de concilier les objectifs climatiques avec les réalités multiples du terrain.
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Ce n’est pas la chaudière qu’il faut bannir mais le gaz qu’il faut verdir.